Virus d'enroulement des feuilles (PLRV)
Le Virus d'enroulement des feuilles de la pomme de terre (PLRV) est une phytopathologie virale majeure, impactant principalement les cultures de pommes de terre et, dans une moindre mesure, de tomates. Appartenant au genre Polerovirus, ce virus est exclusivement transmis par des pucerons, notamment le puceron vert du pêcher (Myzus persicae), agissant comme vecteur persistant. Une fois qu'un puceron acquiert le virus, il reste infectieux pour le reste de sa vie. Le PLRV ne se transmet ni par le sol, ni par contact mécanique, ni par les semences véritables de tomate, mais il est efficacement propagé par les tubercules de pomme de terre infectés. Les dégâts se manifestent par une réduction significative des rendements et une altération de la qualité des récoltes, rendant la détection précoce et la gestion des vecteurs essentielles pour la protection des cultures en agriculture biologique.
Symptômes
- Enroulement caractéristique des feuilles vers le haut, les rendant rigides, cassantes et coriaces au toucher.
- Décoloration jaune pâle (chlorose) des feuilles, souvent à partir des marges, pouvant évoluer vers un jaunissement ou un rougissement/violet (anthocyanes) sur les variétés sensibles de pomme de terre, particulièrement sur les feuilles inférieures.
- Rétrécissement et rabougrissement général de la plante, avec un port dressé et une croissance ralentie.
- Réduction significative de la taille et du nombre des tubercules de pomme de terre, qui peuvent parfois présenter une nécrose du phloème interne.
- Sur tomate, les symptômes sont moins prononcés, incluant un léger enroulement foliaire et un retard de croissance.
- Les plantes infectées précocement montrent les symptômes les plus graves et sont souvent improductives.
Causes
L'agent causal est le Potato Leafroll Virus (PLRV), un virus à ARN simple brin. Sa transmission est principalement assurée par les pucerons, en particulier Myzus persicae, qui agissent comme vecteurs persistants. Le virus est acquis par le puceron en se nourrissant sur une plante infectée, puis il se réplique dans l'insecte avant d'être transmis à de nouvelles plantes saines lors de piqûres alimentaires ultérieures. Les principales sources d'inoculum sont les tubercules de pomme de terre infectés utilisés pour la plantation, les repousses de pommes de terre (plantes volontaires) et certaines adventices hôtes. Les conditions climatiques favorisant le développement des populations de pucerons (températures douces, faible humidité relative) augmentent le risque de propagation rapide du virus dans les cultures.
Traitements biologiques
- **Élimination des plantes infectées** : Dès l'apparition des premiers symptômes, arracher et détruire (brûler ou composter loin des cultures) immédiatement les plantes atteintes pour limiter la propagation du virus par les pucerons.
- **Lutte biologique contre les pucerons** : Favoriser l'installation d'auxiliaires prédateurs (coccinelles, chrysopes, syrphes) par l'aménagement d'un environnement propice (bandes fleuries, haies).
- **Application de savon noir** : En cas de forte présence de pucerons, pulvériser une solution de savon noir (5-10 g/L d'eau) sur le feuillage, agissant par contact pour asphyxier les insectes. Répéter si nécessaire.
- **Renforcement des défenses naturelles** : Utiliser des purins de plantes (ortie, prêle) dilués à 10-20% en pulvérisation foliaire ou arrosage au pied pour stimuler la vitalité et la résistance des plantes aux stress, y compris les attaques de pucerons. Ces purins sont des stimulants, non des curatifs viraux.
- **Poudrage de roches (kaolin)** : Appliquer du kaolin en poudre fine sur le feuillage peut créer une barrière physique qui gêne les pucerons et les dissuade de se poser et de se nourrir sur les plantes.
- **Pyréthrines naturelles (en dernier recours)** : En cas d'infestation massive de pucerons menaçant gravement la culture, des préparations à base de pyréthrines naturelles (extraits de chrysanthème) peuvent être utilisées, en respectant scrupuleusement les doses et conditions d'emploi spécifiques à l'agriculture biologique, et en privilégiant les applications en fin de journée pour préserver les auxiliaires.
- Pulvériser tôt le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil (risque de brûlure foliaire)
- Porter gants et lunettes pour les traitements à base de cuivre (bouillie bordelaise) ou de soufre
- Respecter strictement les dosages indiqués — un surdosage est inefficace et peut être phytotoxique
- Cuivre en agriculture biologique : plafond réglementaire UE de 4 kg/ha/an en moyenne sur 7 ans (28 kg/ha cumulés). Ne pas dépasser.
- Tenir hors de portée des enfants et animaux. Conserver les préparations dans des contenants étiquetés
- En cas de doute sur le diagnostic ou de cas critique, consulter votre DRAAF régionale ou un professionnel
Les solutions naturelles ont une efficacité préventive et limitée en curatif. Face à une infection avancée ou en contexte de verger commercial, consultez un conseiller technique (chambre d'agriculture, CTIFL, INRAE) avant intervention. Ce contenu ne remplace pas un diagnostic professionnel.
- Encyclopédie INRAE Ephytia : ephytia.inrae.fr
- CTIFL : ctifl.fr
- Réglementation cuivre AB — ANSES : anses.fr
Prévention
- **Utilisation de matériel végétal sain** : Planter uniquement des tubercules de pomme de terre certifiés indemnes de virus et des plants de tomate sains, provenant de fournisseurs fiables.
- **Gestion des pucerons vecteurs** : Mettre en place des stratégies de surveillance et de lutte préventive contre les pucerons (pièges jaunes, filets anti-insectes, cultures associées répulsives).
- **Élimination des sources d'inoculum** : Supprimer systématiquement les repousses de pommes de terre (plantes volontaires) et les adventices hôtes du virus et des pucerons dans et autour des parcelles cultivées.
- **Rotation des cultures** : Pratiquer une rotation longue (au moins 3-4 ans) avec des cultures non hôtes du PLRV pour rompre le cycle du virus et réduire la pression des pucerons.
- **Choix de variétés tolérantes** : Opter pour des variétés de pommes de terre ou de tomates reconnues pour leur tolérance au PLRV, disponibles dans les catalogues semenciers agréés (CTIFL, INRAE).
- **Protection physique** : Utiliser des voiles anti-insectes (type P17) dès la plantation pour protéger les jeunes plants des attaques de pucerons durant les périodes critiques de vol.