Teigne du chou (Plutella xylostella)
La teigne du chou, *Plutella xylostella*, représente un défi majeur pour les cultures de crucifères, notamment le chou, le brocoli et le chou-fleur, dans les jardins potagers et les exploitations biologiques. Cet insecte ravageur, un petit papillon nocturne dont les larves sont les véritables responsables des dégâts, est capable de causer des pertes significatives si l'infestation n'est pas gérée précocement. Originaire d'Europe, il est désormais présent mondialement, s'adaptant à divers climats. Ses larves, discrètes mais voraces, se nourrissent du feuillage, compromettant la croissance et la qualité des récoltes. Comprendre son cycle de vie et mettre en œuvre des stratégies de lutte biologique est essentiel pour protéger efficacement les cultures sans recourir à des produits chimiques de synthèse, en accord avec les principes de l'agriculture biologique.
Symptômes
- Feuilles perforées de petits trous irréguliers, souvent entre les nervures.
- Présence de galeries superficielles ou "fenêtres" translucides sur les feuilles, la larve ne consommant pas l'épiderme supérieur.
- Larves vertes, fines, mesurant jusqu'à 12 mm, se tortillant vivement si dérangées.
- Excréments noirs, minuscules, visibles sur les feuilles.
- Présence de cocons soyeux et blanchâtres, généralement sur le revers des feuilles ou entre les feuilles.
- Retard de croissance des plantes et diminution du rendement en cas d'infestation sévère.
Causes
Le développement et la prolifération de la teigne du chou sont favorisés par des conditions environnementales spécifiques. Des températures douces à chaudes, généralement entre 20°C et 30°C, accélèrent son cycle de vie, permettant plusieurs générations par an. Une humidité relative modérée est également propice. La transmission se fait principalement par le vol des papillons adultes, qui peuvent parcourir de longues distances, et par la dissémination des œufs ou larves via du matériel végétal infesté. L'absence de rotation des cultures et la présence continue de plantes hôtes (choux, brocolis, choux-fleurs) dans le même périmètre offrent un environnement idéal pour son installation et sa persistance, rendant les cultures successives vulnérables.
Traitements biologiques
- **Bacillus thuringiensis (Bt)**: Utilisation de préparations à base de *Bacillus thuringiensis* subsp. *kurstaki* (Btk), une bactérie spécifique aux larves de lépidoptères. Appliquer au début de l'infestation, de préférence le soir, pour une ingestion par les jeunes larves. Respecter les doses et fréquences indiquées par le fabricant.
- **Savon noir**: En cas d'infestation légère, une solution de savon noir (15-20 g/L d'eau) peut être pulvérisée sur les feuilles, y compris le revers, pour étouffer les jeunes larves et les œufs. Répéter si nécessaire.
- **Pyréthrines naturelles**: Utilisation de produits à base de pyréthrines naturelles, extraites du chrysanthème. Ces produits ont une action choc mais une faible persistance. Appliquer avec précaution, en respectant les délais avant récolte et les conditions d'utilisation spécifiques à l'agriculture biologique.
- **Lâchers d'auxiliaires**: Introduction d'auxiliaires naturels comme les trichogrammes (*Trichogramma brassicae*), de minuscules guêpes parasitoïdes des œufs de la teigne, ou d'autres parasitoïdes larvaires.
- **Ramassage manuel**: Pour les petites parcelles ou les infestations localisées, l'inspection régulière des plantes et le ramassage manuel des larves et des cocons peuvent réduire la population. Il est important de noter que les traitements biologiques sont majoritairement préventifs ou efficaces sur des infestations débutantes. En cas d'infestation massive et avancée, l'éradication complète peut s'avérer complexe et nécessiter un avis professionnel.
- Pulvériser tôt le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil (risque de brûlure foliaire)
- Porter gants et lunettes pour les traitements à base de cuivre (bouillie bordelaise) ou de soufre
- Respecter strictement les dosages indiqués — un surdosage est inefficace et peut être phytotoxique
- Cuivre en agriculture biologique : plafond réglementaire UE de 4 kg/ha/an en moyenne sur 7 ans (28 kg/ha cumulés). Ne pas dépasser.
- Tenir hors de portée des enfants et animaux. Conserver les préparations dans des contenants étiquetés
- En cas de doute sur le diagnostic ou de cas critique, consulter votre DRAAF régionale ou un professionnel
Les solutions naturelles ont une efficacité préventive et limitée en curatif. Face à une infection avancée ou en contexte de verger commercial, consultez un conseiller technique (chambre d'agriculture, CTIFL, INRAE) avant intervention. Ce contenu ne remplace pas un diagnostic professionnel.
- Encyclopédie INRAE Ephytia : ephytia.inrae.fr
- CTIFL : ctifl.fr
- Réglementation cuivre AB — ANSES : anses.fr
Prévention
- **Rotation des cultures**: Pratiquer une rotation des cultures sur au moins 3-4 ans pour éviter la persistance des populations dans le sol et réduire la pression parasitaire.
- **Filets anti-insectes**: Installer des filets de protection très fins (maille < 0,8 mm) dès la plantation et les maintenir jusqu'à la récolte pour empêcher les papillons de pondre sur les cultures.
- **Plantes compagnes**: Associer les choux à des plantes répulsives comme la tanaisie, la menthe, le romarin, ou des alliacées (ail, oignon) dont l'odeur peut perturber la teigne.
- **Favoriser les auxiliaires**: Créer un environnement propice aux prédateurs naturels (oiseaux, carabes, syrphes, chrysopes, parasitoïdes comme *Diadegma insulare*) en installant des hôtels à insectes et des haies fleuries.
- **Purins de plantes**: Utiliser des purins d'ortie ou de prêle en pulvérisation foliaire pour renforcer les défenses naturelles des plantes et les rendre moins attractives ou plus résistantes aux attaques.
- **Désherbage et hygiène**: Maintenir la parcelle propre en éliminant les adventices de la famille des Brassicacées qui pourraient servir de réservoirs à la teigne.