Pourriture molle (Erwinia, bactérie)
La pourriture molle bactérienne, causée principalement par des bactéries du genre Pectobacterium (anciennement Erwinia carotovora), représente une menace significative pour de nombreuses cultures maraîchères, dont la tomate et la laitue. Cette maladie se caractérise par une dégradation rapide et humide des tissus végétaux, transformant les fruits, les tiges ou les feuilles en une masse visqueuse et malodorante. Particulièrement virulente en conditions chaudes et humides, elle peut entraîner des pertes importantes en plein champ comme en post-récolte. Sa propagation est favorisée par les blessures, les insectes vecteurs et une hygiène insuffisante. Comprendre ses mécanismes est essentiel pour mettre en œuvre des stratégies de gestion biologique efficaces, axées sur la prévention et l'intervention rapide.
Symptômes
- Apparition de taches aqueuses, translucides et molles sur les feuilles, les tiges ou les fruits.
- Les tissus atteints se ramollissent rapidement, devenant visqueux et décomposés.
- Émission d'une odeur nauséabonde et putride, caractéristique de la décomposition bactérienne.
- Décoloration des zones affectées, virant du vert pâle au brun foncé ou noir.
- Effondrement des plantes ou des parties de plantes infectées sous leur propre poids.
- Exsudation de liquide bactérien épais et visqueux à la surface des lésions.
Causes
Cette maladie bactérienne prospère dans des environnements très humides et des températures chaudes (entre 20 et 30°C). L'excès d'eau, qu'il soit dû à des pluies abondantes, une irrigation excessive ou une mauvaise ventilation, crée un microclimat favorable à la prolifération des bactéries. La transmission s'effectue principalement par l'eau (éclaboussures), les outils de jardinage contaminés, les insectes vecteurs (mouches, pucerons) et le contact direct entre plantes saines et infectées. Les blessures sur les plantes, qu'elles soient causées par la taille, les intempéries, les ravageurs ou la manipulation, constituent des portes d'entrée privilégiées pour les bactéries, facilitant leur installation et leur développement rapide.
Traitements biologiques
- Dès l'apparition des premiers symptômes, éliminer et détruire immédiatement les plantes ou parties de plantes atteintes (ne pas composter pour éviter la propagation). L'incinération ou l'évacuation en sac fermé est recommandée.
- Désinfecter systématiquement les outils de taille et de jardinage après chaque usage, notamment après avoir manipulé des plantes suspectes, avec de l'alcool à 70% ou une solution d'eau de Javel diluée.
- Améliorer la circulation de l'air autour des cultures en espaçant les plants et en supprimant les feuilles basses non productives pour réduire l'humidité ambiante.
- En cas de début d'infection sur des cultures sensibles, une application de bouillie bordelaise (cuivre) peut être envisagée à 100-150 g/10L. Rappel : le plafond réglementaire AB UE est de 4 kg de cuivre métal/ha/an en moyenne sur 7 ans (28 kg cumulés). Pour le jardinier amateur, limiter à 2-3 traitements par saison, en ciblant le débourrement et la post-floraison, et toujours en préventif ou très léger curatif.
- Pulvériser tôt le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil (risque de brûlure foliaire)
- Porter gants et lunettes pour les traitements à base de cuivre (bouillie bordelaise) ou de soufre
- Respecter strictement les dosages indiqués — un surdosage est inefficace et peut être phytotoxique
- Cuivre en agriculture biologique : plafond réglementaire UE de 4 kg/ha/an en moyenne sur 7 ans (28 kg/ha cumulés). Ne pas dépasser.
- Tenir hors de portée des enfants et animaux. Conserver les préparations dans des contenants étiquetés
- En cas de doute sur le diagnostic ou de cas critique, consulter votre DRAAF régionale ou un professionnel
Les solutions naturelles ont une efficacité préventive et limitée en curatif. Face à une infection avancée ou en contexte de verger commercial, consultez un conseiller technique (chambre d'agriculture, CTIFL, INRAE) avant intervention. Ce contenu ne remplace pas un diagnostic professionnel.
- Encyclopédie INRAE Ephytia : ephytia.inrae.fr
- CTIFL : ctifl.fr
- Réglementation cuivre AB — ANSES : anses.fr
Prévention
- Mettre en place une rotation des cultures stricte sur 3 à 4 ans pour éviter l'accumulation de bactéries dans le sol.
- Privilégier l'utilisation de variétés de tomates ou de laitues reconnues comme tolérantes ou résistantes à la pourriture molle, disponibles dans les catalogues semenciers FR (CTIFL, INRAE).
- Assurer un arrosage au pied des plantes, éviter l'arrosage foliaire et les excès d'humidité, surtout en fin de journée, pour que le feuillage sèche rapidement.
- Maintenir une bonne hygiène du jardin : nettoyer régulièrement les débris végétaux, désherber et éviter toute blessure aux plantes lors des travaux culturaux.
- Utiliser des purins d'ortie ou de prêle dilués en pulvérisation foliaire pour stimuler les défenses naturelles des plantes et renforcer leur vigueur, agissant ainsi comme un préventif indirect.