Phoma de la carotte
Le Phoma de la carotte, principalement causé par le champignon Phoma destructivum (dont la forme sexuée est Didymella phacae), est une maladie fongique majeure affectant les cultures de carottes. Cette pathologie, souvent désignée sous les noms de "pourriture noire" ou "brûlure des feuilles", peut entraîner des dégâts considérables sur l'ensemble de la plante, des feuilles aux racines de stockage. Elle compromet la qualité des récoltes et réduit significativement les rendements, notamment dans les systèmes de production biologique où les options de traitement sont limitées. La maladie est particulièrement problématique dans les environnements humides et peut persister dans le sol ou sur les semences. Sa gestion exige une approche intégrée, axée sur la prévention et le renforcement des défenses naturelles des plantes, en accord avec les réglementations de l'agriculture biologique et les recommandations des instituts techniques français.
Symptômes
- Apparition de taches brun-noir, irrégulières, sur les feuilles, souvent cernées d'un halo jaunâtre, pouvant entraîner le dessèchement du feuillage.
- Présence de lésions allongées, nécrotiques et de couleur sombre sur les pétioles et les tiges florales, pouvant provoquer leur cassure.
- Développement d'une pourriture noire et sèche au niveau du collet de la carotte, s'étendant progressivement vers la racine pivotante.
- Observation de petits points noirs, les pycnides (corps fructifères du champignon), sur les tissus infectés, notamment sur les feuilles et les racines.
- Sur les racines en conservation, formation de taches noires, déprimées et fermes, qui évoluent en une pourriture sèche caractéristique.
Causes
Le développement du Phoma de la carotte est fortement favorisé par des conditions d'humidité élevée et des températures modérées, généralement entre 15 et 25°C. La présence d'eau libre sur le feuillage, due à la pluie, la rosée ou l'irrigation par aspersion, est un facteur clé pour la germination des spores et l'infection. Le champignon se transmet principalement par les semences contaminées et les résidus de culture infectés laissés dans le sol. Les spores peuvent être disséminées par le vent, les éclaboussures d'eau, les outils agricoles et même les insectes. Une mauvaise rotation des cultures et une densité de semis trop élevée augmentent également le risque d'infection en créant un microclimat favorable et en maintenant un inoculum constant.
Traitements biologiques
- En cas de détection précoce, l'application de bouillie bordelaise (cuivre) à raison de 100-150 g pour 10 litres d'eau peut être envisagée. Rappelons le plafond réglementaire en AB UE de 4 kg de cuivre métal/ha/an en moyenne sur 7 ans, et pour l'amateur, un maximum de 2-3 traitements par saison.
- Le soufre, à une concentration de 80-100 g pour 10 litres d'eau, peut être utilisé en traitement préventif ou curatif léger. Attention à ne pas l'appliquer par des températures supérieures à 28°C pour éviter les brûlures.
- Les purins d'ortie ou de prêle, utilisés en pulvérisation foliaire, agissent comme des stimulants des défenses naturelles de la plante, renforçant sa résilience face aux agressions. Ils ne sont pas curatifs sur une infection déclarée.
- Une solution de bicarbonate de soude (5-10 g/L) additionnée de savon noir peut être pulvérisée pour créer un environnement moins favorable au développement du champignon, agissant comme un complément léger.
- L'élimination immédiate des plantes fortement atteintes et des débris végétaux infectés est cruciale pour limiter la propagation de la maladie dans la parcelle.
- Pulvériser tôt le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil (risque de brûlure foliaire)
- Porter gants et lunettes pour les traitements à base de cuivre (bouillie bordelaise) ou de soufre
- Respecter strictement les dosages indiqués — un surdosage est inefficace et peut être phytotoxique
- Cuivre en agriculture biologique : plafond réglementaire UE de 4 kg/ha/an en moyenne sur 7 ans (28 kg/ha cumulés). Ne pas dépasser.
- Tenir hors de portée des enfants et animaux. Conserver les préparations dans des contenants étiquetés
- En cas de doute sur le diagnostic ou de cas critique, consulter votre DRAAF régionale ou un professionnel
Les solutions naturelles ont une efficacité préventive et limitée en curatif. Face à une infection avancée ou en contexte de verger commercial, consultez un conseiller technique (chambre d'agriculture, CTIFL, INRAE) avant intervention. Ce contenu ne remplace pas un diagnostic professionnel.
- Encyclopédie INRAE Ephytia : ephytia.inrae.fr
- CTIFL : ctifl.fr
- Réglementation cuivre AB — ANSES : anses.fr
Prévention
- Mettre en place une rotation des cultures d'au moins 3 à 4 ans sans carottes ni autres ombellifères pour réduire l'inoculum dans le sol.
- Utiliser des semences saines et certifiées, ou pratiquer la désinfection des semences par thermothérapie (eau chaude) si la méthode est validée pour cette culture et en AB.
- Assurer une bonne gestion de l'humidité par un espacement suffisant entre les plants et une irrigation au goutte-à-goutte plutôt que par aspersion, pour éviter l'eau libre sur le feuillage.
- Éliminer et détruire systématiquement les résidus de culture infectés après la récolte pour éviter la persistance du champignon dans le sol.
- Choisir des variétés de carottes résistantes ou tolérantes au Phoma, disponibles dans les catalogues semenciers agréés par le CTIFL ou l'INRAE.
- Favoriser une bonne aération de la parcelle et éviter les zones de stagnation d'eau pour limiter les conditions propices au développement fongique.