Penicillium (pourriture stockage)
Agent majeur de la dégradation des fruits en post-récolte, le Penicillium, plus communément appelé pourriture bleue ou verte, représente un défi significatif pour les producteurs de pommes et de poires en agriculture biologique. Cette maladie fongique, causée principalement par des espèces comme _Penicillium expansum_, se manifeste durant la période de stockage, entraînant des pertes économiques substantielles. Sa capacité à se propager rapidement d'un fruit à l'autre dans des conditions favorables en fait une menace sérieuse. Comprendre ses mécanismes d'infection et adopter des stratégies préventives rigoureuses est essentiel pour préserver la qualité des récoltes et assurer une conservation optimale des fruits destinés à la consommation.
Symptômes
- Apparition de taches molles, circulaires et humides sur la peau du fruit, souvent autour d'une blessure ou d'une lenticelle.
- Développement d'une moisissure bleutée ou verdâtre caractéristique au centre de la tache, recouverte d'une poudre sporulée.
- La chair sous la zone infectée devient molle, aqueuse et prend une coloration brune.
- Une odeur de moisi ou de terre peut être perceptible sur les fruits fortement atteints.
- Les fruits infectés se décomposent progressivement, devenant une source d'inoculum pour les fruits sains voisins.
- La pourriture peut s'étendre rapidement, transformant le fruit en une masse molle et putride.
Causes
L'infection par Penicillium est principalement une maladie de blessure. Les spores du champignon, omniprésentes dans l'environnement (sol, air, matériel de récolte et de stockage), pénètrent le fruit par la moindre lésion : chocs, éraflures, piqûres d'insectes, ou même des lenticelles fragilisées. Une humidité relative élevée (supérieure à 90%) et des températures de stockage non optimales (au-dessus de 0-4°C pour la plupart des variétés) favorisent grandement le développement du pathogène. La transmission se fait par contact direct entre fruits sains et infectés, ou par la dissémination des spores dans l'air ambiant du lieu de stockage. Un manque d'hygiène des installations et des équipements augmente significativement le risque.
Traitements biologiques
- **Purin de prêle ou d'ortie (pré-récolte)** : Utiliser en pulvérisation foliaire dilué à 10% (1L de purin pour 9L d'eau) quelques semaines avant la récolte. Agit comme stimulant des défenses naturelles des arbres fruitiers, renforçant l'intégrité de l'épiderme des fruits. Ne pas considérer comme curatif direct contre la pourriture déclarée.
- **Bouillie bordelaise (pré-récolte)** : Application à 100-150 g/10L d'eau au débourrement et post-floraison pour prévenir d'autres maladies fongiques affaiblissant le fruit. Pour le jardinier amateur, limiter à 2-3 traitements par saison. Le plafond réglementaire en AB UE est de 4 kg de cuivre métal/ha/an en moyenne sur 7 ans (28 kg cumulés).
- **Soufre (pré-récolte)** : 80-100 g/10L d'eau, en pulvérisation préventive contre d'autres maladies (oïdium, tavelure) qui pourraient fragiliser les fruits. Ne pas appliquer si la température dépasse 28°C pour éviter les brûlures. Son action est principalement préventive ou légèrement curative sur certaines maladies.
- **Bicarbonate de soude (lavage post-récolte)** : Solution à 5-10 g/L d'eau additionnée d'une cuillère de savon noir liquide (agent mouillant). Peut être utilisée pour un lavage rapide des fruits juste après la récolte, afin de réduire la charge sporale superficielle, sans garantie d'éradication des infections déjà présentes.
- **Élimination des fruits atteints** : Dès l'apparition des premiers symptômes en stockage, retirer et détruire immédiatement les fruits infectés pour limiter la propagation des spores.
- Pulvériser tôt le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil (risque de brûlure foliaire)
- Porter gants et lunettes pour les traitements à base de cuivre (bouillie bordelaise) ou de soufre
- Respecter strictement les dosages indiqués — un surdosage est inefficace et peut être phytotoxique
- Cuivre en agriculture biologique : plafond réglementaire UE de 4 kg/ha/an en moyenne sur 7 ans (28 kg/ha cumulés). Ne pas dépasser.
- Tenir hors de portée des enfants et animaux. Conserver les préparations dans des contenants étiquetés
- En cas de doute sur le diagnostic ou de cas critique, consulter votre DRAAF régionale ou un professionnel
Les solutions naturelles ont une efficacité préventive et limitée en curatif. Face à une infection avancée ou en contexte de verger commercial, consultez un conseiller technique (chambre d'agriculture, CTIFL, INRAE) avant intervention. Ce contenu ne remplace pas un diagnostic professionnel.
- Encyclopédie INRAE Ephytia : ephytia.inrae.fr
- CTIFL : ctifl.fr
- Réglementation cuivre AB — ANSES : anses.fr
Prévention
- **Hygiène rigoureuse** : Nettoyer et désinfecter méticuleusement les locaux de stockage, les caisses et le matériel de récolte avant chaque utilisation. Éliminer tout résidu de fruits ou de végétaux.
- **Récolte minutieuse** : Cueillir les fruits avec le plus grand soin pour éviter toute blessure (chocs, coupures, éraflures) qui sont des portes d'entrée pour le champignon. Utiliser des gants et des paniers adaptés.
- **Tri sélectif** : Éliminer systématiquement les fruits blessés, malades ou présentant des défauts avant la mise en stockage. Ne stocker que des fruits sains et intacts.
- **Conditions de stockage optimales** : Maintenir une température basse et stable (0-4°C selon les variétés) et une humidité relative contrôlée (85-90%) avec une bonne ventilation pour ralentir le développement fongique.
- **Choix variétal** : Privilégier des variétés de pommes et de poires reconnues pour leur bonne aptitude à la conservation et leur résistance naturelle aux maladies de stockage, disponibles dans les catalogues semenciers FR (CTIFL, INRAE).
- **Rotation des cultures** : Bien que moins pertinente pour les arbres fruitiers, une bonne gestion de l'environnement du verger réduit la pression parasitaire générale.