Fendillement des cerises
Affectant gravement la qualité et la valeur marchande des récoltes, le fendillement des cerises représente un défi majeur pour les arboriculteurs et jardiniers amateurs. Ce désordre physiologique, non lié à un agent pathogène, se manifeste par des fissures sur l'épiderme du fruit, le rendant impropre à la consommation ou à la commercialisation. Il est la conséquence directe d'une absorption d'eau excessive et rapide par le fruit, souvent après une période de sécheresse, que la peau du fruit ne peut supporter en raison de sa rigidité ou d'une élasticité insuffisante. Les pertes économiques peuvent être considérables, incitant à la mise en œuvre de stratégies préventives rigoureuses, conformes aux principes de l'agriculture biologique et aux recommandations des organismes comme l'INRAE et le CTIFL, pour sauvegarder la production de ces fruits tant appréciés.
Symptômes
- Fissures ou craquelures visibles sur l'épiderme des cerises, souvent en forme d'étoile ou de ligne.
- Les fendillements peuvent être superficiels ou profonds, exposant la chair du fruit.
- Ramollissement et pourriture rapide des fruits affectés, souvent suite à des infections secondaires (ex: moniliose, botrytis).
- Présence de moisissures se développant sur les zones lésées, altérant l'aspect et la comestibilité.
- Perte significative de la qualité gustative et de la valeur commerciale des cerises.
- Chute prématurée des fruits gravement atteints avant leur pleine maturité.
Causes
Principalement un désordre physiologique, le fendillement des cerises est déclenché par des variations brusques de l'humidité du sol et de l'atmosphère. Une absorption d'eau soudaine et massive par les racines, souvent après une période sèche prolongée suivie de fortes pluies ou d'une irrigation excessive, provoque une augmentation rapide de la turgescence des cellules du fruit. La peau de la cerise, n'étant pas suffisamment élastique pour s'adapter à cette pression interne subite, se fissure. Les températures élevées peuvent exacerber ce phénomène en augmentant la demande en eau de l'arbre. La variété de cerisier joue également un rôle crucial, certaines étant intrinsèquement plus sensibles en raison de la composition ou de l'épaisseur de leur épiderme.
Traitements biologiques
- Élimination rapide des fruits fendillés et tombés pour limiter la propagation des maladies secondaires (moniliose, botrytis) qui profitent des plaies.
- Application de bouillie bordelaise (cuivre) à 100-150 g/10L d'eau, en post-floraison, pour prévenir les infections fongiques opportunistes sur les fruits blessés. Respecter le plafond réglementaire AB UE de 4 kg de cuivre métal/ha/an en moyenne sur 7 ans (28 kg cumulés) et ne pas dépasser 2-3 traitements par saison pour un jardinier amateur.
- Utilisation de soufre mouillable à 80-100 g/10L d'eau, en préventif ou curatif léger contre certaines maladies fongiques secondaires. Éviter l'application par température supérieure à 28°C pour prévenir les brûlures.
- Pulvérisation d'une solution de bicarbonate de soude (5-10 g/L) additionnée de savon noir (1-2 cuillères à soupe/L) pour assainir la surface des fruits et limiter le développement de micro-organismes opportunistes.
- En cas d'infection avancée, les traitements biologiques sont principalement préventifs. Un avis professionnel peut être nécessaire pour une gestion plus complexe.
- Pulvériser tôt le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil (risque de brûlure foliaire)
- Porter gants et lunettes pour les traitements à base de cuivre (bouillie bordelaise) ou de soufre
- Respecter strictement les dosages indiqués — un surdosage est inefficace et peut être phytotoxique
- Cuivre en agriculture biologique : plafond réglementaire UE de 4 kg/ha/an en moyenne sur 7 ans (28 kg/ha cumulés). Ne pas dépasser.
- Tenir hors de portée des enfants et animaux. Conserver les préparations dans des contenants étiquetés
- En cas de doute sur le diagnostic ou de cas critique, consulter votre DRAAF régionale ou un professionnel
Les solutions naturelles ont une efficacité préventive et limitée en curatif. Face à une infection avancée ou en contexte de verger commercial, consultez un conseiller technique (chambre d'agriculture, CTIFL, INRAE) avant intervention. Ce contenu ne remplace pas un diagnostic professionnel.
- Encyclopédie INRAE Ephytia : ephytia.inrae.fr
- CTIFL : ctifl.fr
- Réglementation cuivre AB — ANSES : anses.fr
Prévention
- Sélection de variétés de cerisiers tolérantes ou moins sensibles au fendillement, disponibles dans les catalogues semenciers français (CTIFL, INRAE).
- Gestion de l'irrigation : maintenir un apport en eau régulier et modéré, en évitant les chocs hydriques (alternance sécheresse/excès d'eau).
- Mise en place de protections physiques : bâches ou filets anti-pluie au-dessus des arbres avant les épisodes pluvieux, notamment en phase de grossissement des fruits.
- Amélioration de la structure du sol par des apports réguliers de compost ou de matière organique pour optimiser la rétention d'eau et le drainage.
- Taille d'éclaircissage pour favoriser une bonne aération de l'arbre et un séchage rapide des fruits après la pluie.
- Utilisation de purins de plantes (ortie, prêle) dilués en pulvérisation foliaire pour renforcer les défenses naturelles de l'arbre et sa résilience générale face aux stress.