Botrytis de l'oignon (Neck rot)
Le Botrytis de l'oignon, également connu sous le nom de "pourriture du col" (Neck rot), est une maladie fongique dévastatrice causée principalement par Botrytis allii, mais aussi par d'autres espèces comme B. aclada ou B. cinerea. Cette pathologie affecte principalement les oignons et l'ail destinés au stockage, se manifestant souvent après la récolte, durant les phases de séchage ou de conservation. Elle peut entraîner des pertes économiques considérables pour les producteurs, qu'ils soient professionnels ou jardiniers amateurs. La maladie se développe en conditions humides et peut rester latente sur les bulbes avant de s'exprimer pleinement. Comprendre son cycle et mettre en place des mesures préventives est crucial pour protéger les récoltes et assurer une bonne conservation des bulbes. Une vigilance accrue est nécessaire dès la culture jusqu'au stockage pour limiter sa propagation.
Symptômes
- Ramollissement et décoloration brunâtre du col de l'oignon, souvent le premier signe visible.
- Développement d'une moisissure grise et duveteuse sur le col et entre les écailles du bulbe.
- Présence de petits sclérotes noirs, plats et irréguliers (structures de survie du champignon) sous les écailles ou sur la surface du bulbe.
- Pourriture interne des écailles, qui deviennent aqueuses et brunâtres, avec une odeur parfois désagréable.
- Les feuilles des oignons en croissance peuvent montrer des taches nécrotiques et une sénescence précoce, bien que la maladie soit plus connue pour ses dégâts post-récolte.
- Affaissement généralisé et flétrissement des plants en cas d'infection sévère au champ.
Causes
Le développement du Botrytis de l'oignon est fortement lié à des conditions environnementales spécifiques. Une humidité élevée, qu'elle soit due à des pluies fréquentes, une irrigation excessive ou une mauvaise ventilation, favorise la germination des spores du champignon. Les températures modérées (entre 15 et 25°C) sont optimales pour sa croissance. La transmission se fait principalement par les spores présentes dans le sol, sur les résidus de culture infectés, ou par les semences contaminées. Des blessures sur les bulbes lors de la récolte ou du séchage constituent des portes d'entrée idéales pour le pathogène. Un séchage insuffisant des bulbes après récolte est un facteur aggravant majeur, permettant au champignon de s'établir et de progresser durant le stockage.
Traitements biologiques
- **Bouillie bordelaise (cuivre)** : En cas de forte pression avant récolte ou sur jeunes plants, une application de bouillie bordelaise (sulfate de cuivre) peut être envisagée à raison de 100-150 g/10L d'eau. Pour les jardiniers amateurs, limiter à 2-3 traitements par saison. Rappel réglementaire AB UE : le plafond est de 4 kg de cuivre métal/ha/an en moyenne sur 7 ans (28 kg cumulés). Le cuivre agit comme un fongicide de contact préventif.
- **Soufre mouillable** : Peut être utilisé à titre préventif ou en début d'infection légère à 80-100 g/10L d'eau. Ne pas appliquer par temps chaud (>28°C) pour éviter les brûlures. Le soufre a une action fongicide et acaricide légère.
- **Purin de prêle** : Utilisé comme stimulant des défenses naturelles des plantes. Appliquer en pulvérisation foliaire dilué à 10-20% régulièrement. Il ne possède pas d'action curative directe sur une infection déclarée mais renforce la résistance générale.
- **Bicarbonate de soude** : En complément, une solution de 5-10 g/L d'eau additionnée d'une cuillère à café de savon noir peut être pulvérisée. Son action est principalement d'alcaliniser la surface foliaire, rendant l'environnement moins favorable au développement de certains champignons, mais son efficacité est limitée sur le Botrytis de l'oignon.
- **Mesures culturales d'urgence** : En cas d'infection avancée sur quelques bulbes, les retirer et les détruire immédiatement pour éviter la propagation. Les traitements bio sont principalement préventifs ; une infection généralisée peut nécessiter des mesures plus drastiques ou un avis professionnel.
- Pulvériser tôt le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil (risque de brûlure foliaire)
- Porter gants et lunettes pour les traitements à base de cuivre (bouillie bordelaise) ou de soufre
- Respecter strictement les dosages indiqués — un surdosage est inefficace et peut être phytotoxique
- Cuivre en agriculture biologique : plafond réglementaire UE de 4 kg/ha/an en moyenne sur 7 ans (28 kg/ha cumulés). Ne pas dépasser.
- Tenir hors de portée des enfants et animaux. Conserver les préparations dans des contenants étiquetés
- En cas de doute sur le diagnostic ou de cas critique, consulter votre DRAAF régionale ou un professionnel
Les solutions naturelles ont une efficacité préventive et limitée en curatif. Face à une infection avancée ou en contexte de verger commercial, consultez un conseiller technique (chambre d'agriculture, CTIFL, INRAE) avant intervention. Ce contenu ne remplace pas un diagnostic professionnel.
- Encyclopédie INRAE Ephytia : ephytia.inrae.fr
- CTIFL : ctifl.fr
- Réglementation cuivre AB — ANSES : anses.fr
Prévention
- **Rotation des cultures** : Éviter de cultiver des oignons ou de l'ail sur la même parcelle avant 3-4 ans pour réduire la présence d'inoculum dans le sol.
- **Choix des variétés** : Opter pour des variétés tolérantes disponibles dans les catalogues semenciers français (CTIFL, INRAE) lorsque cela est possible.
- **Semences saines** : Utiliser des semences certifiées exemptes de maladies ou traiter les semences à l'eau chaude (50°C pendant 20-30 minutes) pour éliminer les spores superficielles.
- **Bonnes pratiques de séchage et stockage** : Après récolte, assurer un séchage rapide et complet des bulbes dans un endroit bien ventilé et sec. Stocker les oignons dans des conditions fraîches (0-4°C) et sèches, avec une bonne circulation de l'air.
- **Gestion de l'humidité** : Éviter l'excès d'humidité au champ par une irrigation raisonnée et une bonne aération des cultures. Éviter les blessures aux bulbes pendant la récolte et la manipulation.
- **Hygiène du matériel et des parcelles** : Nettoyer et désinfecter le matériel de culture et de stockage. Éliminer et détruire les résidus de culture infectés pour réduire les sources d'inoculum.